Comment je transforme un emblème en illustration : la méthode logo
Quand on me demande comment je crée une affiche, la réponse qui revient toujours c'est : je ne dessine pas une ville, je cherche son logo.
Ce n'est pas une métaphore. C'est vraiment comme ça que je travaille. Avant de poser le moindre trait, je me pose la même question qu'un graphiste face à un brief de marque : si cette ville était une entreprise, quel serait son identité visuelle ? Quel symbole, quel signe, suffirait à la reconnaître entre mille ?
Un emblème, c'est d'abord une décision
Marseille, c'est quoi ? Le Vieux-Port, bien sûr. Mais aussi la bouillabaisse, les calanques, la bonne mère, le savon, les cigales. La liste est longue. Mon travail commence là : choisir ce qui reste quand on enlève tout le superflu. Ce qui est irréductible.
C'est le même raisonnement qu'un logo d'entreprise. Nike, c'est une virgule. Apple, c'est une pomme croquée. Ces formes ne sont pas nées par hasard elles sont le résultat d'un processus de réduction, de simplification, jusqu'à ne garder que l'essentiel.
Pour chaque affiche, je cherche cet essentiel-là.
Étape 1 : la forme exacte
Tout commence par le réel. Je pars de la forme telle qu'elle existe, une photo, un croquis d'observation, une référence précise. La tour Eiffel vue de face. Le phare du Créac'h en Bretagne. La Grande Mosquée d'Alger.
À ce stade, je ne cherche pas encore à styliser. Je cherche à comprendre la forme : où sont ses points de tension, ses axes, sa silhouette caractéristique. Ce qui fait qu'on la reconnaît même en périphérie du regard.
C'est une étape qu'on a tendance à vouloir sauter, parce qu'elle est longue et peu glamour. Mais c'est elle qui fait tout. Si on ne comprend pas la vraie forme, la stylisation ne tient pas elle sonne faux.
Étape 2 : les grands traits
Une fois la forme comprise, je commence à l'épurer. Je trace les grandes lignes, celles sans lesquelles la forme s'effondre. On enlève les détails, les textures, les nuances. On garde les proportions fondamentales, les ruptures de ligne, les masses.
C'est souvent à cette étape qu'on a l'impression que l'illustration "perd" quelque chose. Et c'est vrai. Mais c'est aussi là qu'elle commence à devenir un signe plutôt qu'une représentation. La différence entre une illustration réaliste et une icône, c'est précisément ça : l'icône, on la reconnaît même réduite à 16 pixels.
Étape 3 : retravailler les angles
C'est l'étape que je préfère, et probablement celle qui définit le plus le style linogravure.
Une fois les grands traits posés, je reviens sur chaque courbe, chaque arrondi, chaque angle et je décide : est-ce que cette forme gagne à être plus géométrique ? Plus angulaire ? Est-ce qu'un arrondi naturel devient plus fort s'il devient une diagonale franche ?
Dans la linogravure traditionnelle, le burin impose ses contraintes : on ne peut pas tracer n'importe quelle courbe, on travaille en taille-douce avec ce que l'outil permet. Cette contrainte est une richesse. Elle force à choisir, à trancher, à assumer des formes simples plutôt que de noyer le dessin dans la complexité.
Je retrouve cette logique dans mon travail numérique : je me donne des règles. Pas de courbe si un angle suffit. Pas de détail si la masse parle déjà. C'est cette discipline qui donne aux illustrations d'Atelier Matta leur caractère ce côté à la fois artisanal et graphique, qui évoque l'estampe sans en être une reproduction.
Étape 4 : rendre la forme esthétique
La dernière étape, c'est celle où le signe devient affiche.
Proportion, équilibre, respiration. Est-ce que la forme tient dans son cadre ? Est-ce qu'elle dialogue bien avec les autres emblèmes de la composition ? Est-ce que l'œil sait où aller ?
C'est là qu'interviennent les choix de palette souvent réduite à deux ou trois tons et la mise en page finale. L'objectif : que la forme soit immédiatement lisible, même vue de loin, même en vignette sur un écran de téléphone. Qu'elle ait l'évidence d'un bon logo.
Pourquoi cette approche ?
Parce qu'une affiche qui dure, c'est une affiche dont on ne se lasse pas. Et on ne se lasse pas d'un signe fort, épuré, pensé. On se lasse d'une illustration trop chargée, trop anecdotique, trop liée à un style graphique passager.
Travailler chaque emblème comme un logo, c'est une façon de rendre hommage au territoire qu'il représente en lui donnant une forme qui aurait pu exister depuis toujours.
Chaque affiche d'Atelier Matta est dessinée à la main, dans un style linogravure, et imprimée sur papier beaux-arts mat artistique à Paris. Découvrir toutes les affiches →